Le peintre Gnohité, qui vit et travaille à Abidjan, exposera du 24 octobre au 09 novembre 2024 à la galerie Houkami Guyzagn, à la Riviera 2. Avant ce rendez-vous, il s’est confié à la presse lors d’une conférence ce samedi 19 octobre.
Le regard figé vers l’horizon, Gnohité scrute le néant. Ses pensées s’envolent comme des bulles. Baignées dans une tranquillité imposée par un bleu roi et des couleurs vives (jaune et rouge), il recherche en permanence un monde idéal pour les enfants. Face aux affres de la vie et aux dangers, l’horizon semble perdu pour les bambins. Du coup, il se rabat sur le passé. L’enfance, son enfance. Ce moment d’insouciance, de bonheur, de convivialité, de fraternité, d’amour vrai. Une période de cohésion, d’unité, qui rassemblait toute sorte de personnes : le sage, le surdoué, le perturbateur, le grognon, le leader, le faible, le bagarreur, le moqueur, le sale, le peureux… Les bandes d’enfants en joie, montant à plusieurs sur des bicyclettes, des partages de sourires, des provocations à tue-tête, des rires à n’en point finir.



L’école du Gbonhi
Les «Gbonhis» (groupes d’enfants), marchent souvent les pieds nus, emboués ou couverts de poussière. Ils ont les torses dénudés et jonchent les rues des quartiers populaires d’Abidjan. Gnohité, l’enfant de Treichville, peine à sortir de ces moments de plaisir, de liberté. Ce père de cinq petits anges continue à faire « palabre d’enfants », sans complexe. Pour lui, le « Gbonhi » est un concentré d’enseignements. « C’est le seul arbre qui donne des fruits variés. On y croise la solidarité, la jovialité, l’esprit d’équipe. C’est un moule dans lequel tout le monde a sa place. Il y a les plus petits, les grands, les plus intelligents, les moins doués. Malgré cette diversité, on ne juge pas les individus, mais le groupe », révèle-t-il. Son thème de prédilection actuel est l’enfant. « Je mets les enfants comme miroir ; souligne-t-il, afin que l’adulte puisse se mirer, se voir à travers, se retrouver soi-même et faire un bilan, une comparaison. Ce retour vers l’enfance vise à récupérer ce qui est bon et l’adapter à la vie quotidienne ».
Le Syndrome de Peter Pan ?
Gnohité souffrirait-il du Syndrome de Peter Pan (SPP) ? On pourrait le penser lorsqu’on écoute cet adulte-enfant. Refuse-t-il de grandir ? Pas vraiment. L’engagement de l’artiste pour les bambins est loin de la peur des responsabilités d’adultes. « L’enfant est le père de l’homme », dit le philosophe. « Se mirer, se voir à travers l’enfant », dit Gnohité. Mieux, le peintre formé au Centre régional des arts et métiers d’Abengourou (Crama) présente les enfants sous leur plus bel aspect et apparence. « C’est ce qui est beau qui doit être présenté », note-t-il en s’insurgeant contre l’appellation de « microbe » qui stigmatise des enfants « en conflit avec la loi ». Et de déclarer : « Face au beau, la laideur se corrige ». Pour matérialiser son engagement pour les enfants, Gnohité se préoccupe de leur éducation à l’ère d’Internet, des smartphones, des influences de tous horizons et leur forte exposition à des situations et faits qui ne sont pas de leur âge, et qui les atteignent négativement. Ce père-protecteur, a une technique particulière et une palette de couleur variée.



« Je suis bleu »
Gnohité qui vit et travaille à Yopougon (Abidjan) utilise un outil excentrique : la poire à lavement, appelé purgeoir pour réaliser ses toiles. Il procède à des vaporisations, des jets. Il fait aussi du raclage, une technique héritée de ses apprentissages auprès de son maître Grobly Zirignon. L’artiste a une obsession pour la couleur bleue. « Je suis bleu ces temps-ci, informe-t-il. Je suis dans un monde un peu calme, tranquille. C’est comme si je suis assis à l’ombre et j’observe la vie. De cette position, je cerne beaucoup de choses ». Le peintre figuratif, semi-figuratif, abstrait et réaliste applique « son bleu » sur toutes ses toiles, du moins ses dernières. Des plus grandes, aux plus petites. Cette peinture bleue qu’il a ramenée du Sénégal, s’est naturellement imposée à lui lorsqu’il a décidé de travailler sur le thème des enfants.
Avec son purgeoir, Gnohité matérialise l’univers des enfants (sable, poussière, caillou) avec la peinture. Ses œuvres sont émaillées de bulles, des formes arrondies, expressions de souplesse, de douceur, de l’amour. Avec une tonique, le rouge, renforçant cet amour de l’autre, présent sur chacune des toiles, qui attire le regard du visiteur, le captive et l’immobilise.




La 2e exposition personnelle
Gnohité occupera toutes les cimaises (grande et petite salles) de la galerie Houkami Guyzagn (Riviera 2) du 24 octobre au 09 novembre 2024, pour sa 2e exposition personnelle. Il a réalisé 32 toiles de différentes tailles qui seront accrochées durant deux semaines. L’artiste qui a fait toutes ses classes à Houkami, est un modèle de fidélité, de durabilité et d’amitié. C’est donc tout un univers empreint de nostalgie, d’engagement et de perspectives qui sera déroulé. L’artiste a mis deux ans pour se préparer et le résultat (nous avons eu la primeur), mérite d’être vu.
SANOU A.
Photos : SANOU A.
