L’exposition « Là-bas… » se tient bel et bien ici, à Abidjan. La Rotonde des arts contemporains, située à la galerie commerciale Nour El Hayat, au Plateau, dans son engagement à mettre en lumière des artistes émergents exposent de belles pousses des arts plastiques africains : l’ivoiro-canadien Soro Zana et le plasticien malien Daouda Traoré, lauréat de Ségou Art 2024.

S’il est de la responsabilité de la rotonde d’aider à la circulation de ces jeunes artistes, l’exposition qui est ouverte jusqu’au 5 août, a des enjeux d’intégration, selon Yacouba Konaté, critique d’art, commissaire général. « Ces artistes sont porteurs d’énergies, de valeurs », a-t-il admiré.
Soro Zana, parti de son pays natal en 2012 est d’une culture hybride, conséquence d’une intégration réussie dans son pays d’accueil, le Canada. « Quand on est loin de chez soi, on repeint avec beaucoup d’intensité. L’intensité de la nostalgie, des couleurs et des senteurs de chez soi », relève Pr Konaté. Et Soro est le reflet de « l’énergie intrinsèque de la culture sénoufo ».
Ses toiles sont dualité. Deux réalités juxtaposées qui lui « permettent de légitimer sa pensée et de justifier la pertinence de son écriture ». sa démarche artistique respecte l’orientation qu’il a décidé de donner à sa vie. « L’immigration est d’abord un projet. Un voyage et un cheminement ». Tout ce qu’est la réalisation d’une toile. Mais avec Soro, un questionnement est toujours au cœur de ses réalisations : comment faire pour mêler son identité d’accueil à son identité d’origine ? ».

De ce questionnement ont surgi 24 toiles « métissées » au niveau des matériaux (bois, plastique, tissus traditionnels), cousues ou collées traduisant le dynamisme de la diversité de la société canadienne et sénoufo avec leurs forces et faiblesses. La difficulté à assembler ces matériaux reflète la difficulté de chaque citoyen canadien à accepter l’autre dans sa différence.
Dans sa logique d’être « Là-bas… » tout en étant ici, Daouda Traoré, maître de la récupération et du recyclage clame : « l’harmonie ça se crée lorsqu’on est ensemble ». L’artiste veut relater son histoire à partir de celle des autres, mais aussi de ses matériaux. « La peinture n’est plus le liquide. Il faut expérimenter d’autres choses, trouver son identité en s’inspirant de ce qui se passe autour de soi pour construire son univers », soutient Daouda.

Figuratif, Daouda peint les jeunes, « ces argiles mouillés modulables », sans visage, symbolisant leur universalité. Outre le dessin, l’enseignant d’art à Sikasso utilise les lettres et les mots comme sur un tableau en classe. Mais, ne vous hasardez pas à lire. « Tu peux lire et ne rien comprendre. L’écriture fait partie des compléments de l’œuvre. Ne cherchez pas à lire, admirez l’œuvre », tranche-t-il.


Issus d’horizons divers, Soro Zana et Daouda Traoré offrent une belle exposition. Des pièces uniques, reflets d’inspirations profondes puisées dans leur réalités quotidiennes. Qui, sans être d’ici ni de là-bas…, sont des transpositions de la beauté découlant de leurs expériences de tous les jours.
SANOU A.

