C’est une écriture qu’on reconnait parmi mille. Les couleurs chaudes illuminent les formes finement arrondies qui envahissent l’espace. L’ambiance est bon enfant, l’art est dans toute son expression. Le peintre Augustin Kassi, est de retour sur les cimaises de la Rotonde des arts contemporains au Plateau. Ce mercredi 04 décembre, à l’occasion de la 2e journée de la Biennale internationale des arts d’Abidjan (BINA), l’artiste, offre une nouvelle série d’œuvres qui épouse les codes de la contemporanéité tout en restant fidèle à son écriture de base. « Ses femmes rondes » sont omniprésentes. Mais pas que. Pour son come-back, dans cette exposition personnelle, l’ancien pensionnaire du Centre artistique d’Abengourou, matrice de la transmission de l’art dit naïf en Côte d’Ivoire, s’ouvre de nouveaux horizons. « Nous sommes heureux de proposer quelque chose qui vient de notre tréfonds en partage avec les autres », informe-t-il.

Des muses plus stylées

Le peintre n’a jamais caché son admiration pour les femmes en chair. « Peut-être que je recherche ce que je n’ai pas (au plan morphologique) auprès de ces femmes », nous avait-il confié. Sans compromission, sa fidélité est toujours intacte. Seulement, l’artiste a recomposé l’univers de ces dames qu’il présentait dans sa dernière exposition individuelle, en 2022, en tricot body porté sur du pantalon collant. Elles sont plus en confiance, cassent les codes. Certaines ont le teint expressément foncé (noir). Elles arborent du rouge à lèvre bleu, des lunettes de soleil stylées. Les coiffes en pagne sont en harmonie avec leurs vêtements. Mais elles sont saccadées, accentuant les visages allongés contre les visages ronds qu’il a l’habitude de peindre.


Les couleurs traduisent les humeurs des femmes fortes d’Augustin Kassi. Elles sont généralement représentées en portrait. Mais l’artiste crée aussi des effets visuels sur de petites toiles avec deux ou trois de ses muses. Sur les tableaux en noir et blanc, les humeurs changent. Elles sont soit en prière, soit en méditation, expression d’une connexion divine où la lumière jaillit de l’arrière-plan pour les mettre en avant. Si elles ne prient pas, elles dégagent une certaine assurance. Elles portent les cheveux afro ou des locks, ont les bouches déformées, semblent dire quelque chose. Sans oublier, les lunettes de soleil tendance, devenues une marque déposée chez Kassi.

Faire communier les mondes
Dans une série retreinte d’œuvres, Augustin Kassi fait suivre des lignes, des cercles qui s’entremêlent harmonieusement pour former des visages dans des fonds de motifs arrondis et colorés. Les couleurs sont chatoyantes, mises en exergue par la douceur des cercles. A l’opposé, comme lors de sa dernière exposition, le peintre retoque à la porte de l’abstraction. Ses personnages sont déformés, sans visage.

Le thème général de la BINA 8 est « Mouvement ». La biennale réunit plus d’une vingtaine d’artistes venus de 13 pays du monde. Des visions, des expressions diverses qui se retrouvent, se mêlent pour faire éclore de nouvelles perspectives artistiques. « Augustin Kassi est un marqueur de l’histoire de l’art et principalement de la peinture », a salué Pr Yacouba Konaté, directeur de la Rotonde des arts contemporains.
SANOU A.


