10 réalisateurs et 10 producteurs venus du Burkina Faso, du Sénégal, du Togo, de la Côte d’Ivoire et de la France ont pris part du 10 au 22 juillet 2023, à un atelier de développement de films documentaires, dans la ville balnéaire de Jacqueville, en Côte d’Ivoire. C’était dans le cadre de la phase 2 du programme Impala, porté par AfricaDoc Côte d’Ivoire en partenariat avec les Ateliers Varan (France) et financé par l’Unesco.
De l’idée à l’histoire, de l’histoire à l’image
Durant environ deux semaines, les réalisateurs venus avec leurs producteurs ont bénéficié des expériences, des conseils et des orientations de formateurs avisés que sont Kati Léna N’Diaye (Sénégal) et Yves de Peretti (France) pour l’écriture et Souleymane Kébé (Sénégal) en production.
« Nous avons reçu des dossiers autour d’histoires, de films potentiels. On a fait une sélection qui a consisté à lire les dossiers. On a eu des auditions avec les porteurs de projets, les auteurs et producteurs. On a cherché à savoir quel était le potentiel des candidats et dans quelle mesure nous pourrions les aider dans ce processus d’écriture, de réflexion autour de leur histoire et des films en devenir », explique Kati Léna N’Diaye, formatrice.
Il s’est agi, selon elle, de leur donner les outils nécessaires en vue de recentrer leurs histoires, de les accompagner dans ce début de film afin qu’ils cernent leurs faiblesses. Qu’ils creusent davantage pour que le point de départ soit bien identifié. « Le documentaire de création part d’une idée qu’on développe. On pense le film comme un scénario vraisemblable avant de le tourner », note-t-elle.
« Nous avons animé un atelier d’écriture qui avait pour but d’accompagner les projets de chacun. C’est-à-dire trouver le centre de gravité, les éléments forts. C’est une formation à la fois pratique et théorique », renchérit Yves de Peretti, formateur aux Ateliers Varan. Et de continuer : « Il y a eu un exercice autour de l’objet du projet. C’est-à-dire une forme de métaphore, de représentation de symboles, associée pour trouver des idées. Il y a aussi des phases collectives, où ils défendaient leurs projets ».
Laurent Bitty, président de AfricaDoc Côte d’Ivoire, a insisté sur les deux parcours qui constituent le projet Impala. Pour lui, l’atelier de Bouaké en 2022 avec dix réalisateurs et cinq monteurs, constituait le parcours réalisation. « A Jacqueville, on a le parcours développement et écriture de films documentaires », informe-t-il.
Cette phase aboutira, en mars 2024, sur les rencontres de coproduction, l’activité phare du programme Impala. A la fin de l’atelier de Jacqueville, il y a eu une remise de bourses d’accompagnement à l’écriture. Elles permettront de faire des repérages. « A termes, on aura des dossiers de production qui seront prêts à aller sur le marché, aux rencontres de coproduction », observe Laurent Bitty.
Ce qu’en pensent les formés
Fama N’diaye (Sénégal), porteuse du projet « Mati », « un portrait réel et rêvé d’une jeune fille qui travaille dans un bar de Dakar et qui invite à naviguer à travers les différentes représentations de la femme sénégalaise », est satisfaite de l’atelier. Celle qui souhaite consacrer un documentaire à la vie d’une femme tout en interrogeant la condition de la gent féminine au sein de la société sénégalaise, admet avoir « approfondir le circuit narratif » de son histoire.
« Je repars avec un dossier de développement entamé, des idées plus claires, une histoire à raconter. On a trois à quatre mois de travaux avant la session de décembre. Je vais passer plus de temps avec mon protagoniste, son environnement, les personnes autour d’elle. Tester des choses avec elle et surtout regarder beaucoup de films. Je dois m’inspirer d’autres formes de cinéma. Je reviendrai avec un synopsis, une structure plus claire. Impala est un accélérateur », apprécie-t-elle.
Quant à sa productrice, Chloé Ortolé, elle a su « comment on finance un documentaire ». « Quels partenaires aller chercher, à quel moment et à quel stade du projet. Je suis à l’origine productrice de fictions. Le documentaire est une nouvelle forme pour moi. L’atelier m’a appris à appréhender le documentaire, à savoir le temps que ça met car c’est beaucoup plus long pour la réalisation, comment faire un devis et quels sont les partenaires qui existent », se réjouit-elle.
Estelle koné, réalisatrice ivoirienne venue avec l’idée du long métrage documentaire « Héritage », dit ne plus avoir de zone d’ombre sur son projet. « Du projet avec lequel j’ai postulé à aujourd’hui, j’ai senti une amélioration, des éclaircissements. En venant à l’atelier, j’avais une histoire. Ici on a travaillé sur comment tourner. A travers des exercices pratiques, je sais ce que je vais filmer. Je peux décrire des séquences, ce que je vais aller chercher. Le documentaire étant le réel, il me fallait le pratiquer pour avoir une vraie idée de la notion de l’intimité à créer avec les protagonistes, les relations à définir pour qu’ils se confient. Au documentaire, on met en avant l’humain, son vécu », rassure-t-elle.
Impala, un projet impactant
Depuis sa mise en place, Impala a favorisé la formation d’une soixantaine de jeunes réalisateurs, monteurs et producteurs. En 2022, 10 réalisateurs et 5 monteurs ont participé à l’atelier de Bouaké pendant que 10 autres étaient formés à Yaoundé au Cameroun. En 2023, 20 participants (10 réalisateurs et 10 producteurs) sont formés à Jacqueville et 20 autres au Cameroun. A la fin, seuls 16 projets seront retenus pour les rencontres de coproduction.

Sont attendus à ces rencontres, des producteurs africains, allemands et français. « On aura environ 40 producteurs du nord, sans compter ceux du sud », informe M. Bitty. Ces rencontres seront ouvertes à tous les réalisateurs et porteurs de projets, africains. « Mais, seuls des projets spécifiques seront pitchés », rappelle-t-il. Des fonds seront invités à expliquer leur fonctionnement. On aura des conférences sur ces plateformes et comment bénéficier de ces fonds. Des chaînes télés seront présentes. Outre les conférences, il y aura des rencontres B to B, des one to one et des projections de films.
En somme, le président de AfricaDoc Côte d’Ivoire est convaincu que « le cinéma fait son chemin, surtout le cinéma documentaire ». « C’est une bonne école. Elle l’a été pour moi, elle pourrait l’être aussi pour tous ceux qui aiment le cinéma. Le documentaire nous raconte qui nous sommes et nous devons impérativement savoir qui nous sommes », conclue-t-il.
Sanou A.









