« La fabrique citoyenne d’un nouveau théâtre d’art populaire. Faire de rien, quelque chose ». C’est la devise du festival Les Praticables qui se sont déroulés du 08 au 17 décembre 2023 à Bamako. Et de toute la programmation, durant ces dix jours de festival, la pièce de Pascal Collin, « Le projet Ados », en est la parfaite illustration, dans sa conception, sa réalisation et son rendu.
Vendredi 15 décembre à l’Institut Français de Bamako, le quartier de Bamako-Coura, comme on le dirait à Abidjan, « est sorti ». Tout le secteur a effectué exceptionnellement le déplacement pour voir ses enfants sur scène. Jeunes, parents et vieillards conduits par le chef du quartier Sékou Traoré (92 ans) ont salué les prouesses des siens.
Dans une représentation à cheval entre l’humour (stand up) et le théâtre, des jeunes sont invités à concourir. Ils doivent présenter des projets structurant et impactant pour le bien-être de la cité. La récompense du meilleur projet est la bagatelle somme de trois millions de francs CFA. C’est ainsi que cinq candidats se présentent à tour de rôle, pour parler de leurs projets.
Les projets vont des plus élémentaires aux plus saugrenus. Mais, ils ont le mérite de caricaturer une réalité propre au quartier. On part d’une évocation d’un chapelet de problèmes rencontrés par les jeunes sans vraiment proposer de solution. En clair, le candidat numéro 1 avait des problèmes et pas de projet.

A sa suite, se succéderont un jeune chanteur en herbe et son danseur qui souhaitent lancer leur carrière et donner une perspective à tous ceux qui comptent évoluer dans le secteur des arts et de la culture. Une servante, venue chercher en ville de quoi aider ses parents restés au village, étale ses difficultés. « Sachez remettre cette somme à qui en a vraiment besoin », conclura-t-elle son speech. Une jeune fille qui souhaite devenir poète et dont le rêve est mis en péril par les querelles entre les populations, a pour seul souci la paix. Et ce jeune homme qui face à la question sécuritaire souhaite intégrer l’armée pour combattre les ennemis de la tranquillité.
C’est donc un tableau, non exhaustif, des réalités des jeunes de Bamako-Coura qui a été mis en scène. Cependant, le travail de direction de Pascal Collin, loin d’en faire un moment de tristesse, en a fait une session de fête populaire. Les populations ont regardé leurs quotidiens dépeints par les siens et en ont ri.
Produit par le peuple, cette pièce théâtrale s’est voulue le reflet de ce même peuple, qui a appréhendé de face ses tares et s’est éclaté par la suite faisant jaillir la magie du théâtre. A la fin, tout le quartier est monté sur scène et a dansé avec les acteurs.
SANOU A. à Bamako

